Mon parcours jusqu'à l'art thérapie

« Nous ne voyons jamais les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous sommes.» 

(Anaïs Nin)

 

Tout d’abord, j’aimerais vous parler d’une rencontre assez inattendue mais, à la réflexion, tellement évidente : Il s’agit de ma rencontre avec l’art thérapie.  

Je m’appelle Alexandra et j’ai 42 ans aujourd’hui.

Après mes études en Allemagne ou je suis née, j’ai suivi une formation de design publicitaire à Stuttgart pendant 4 ans.

Il y a 12 ans,  j’ai découvert l’art thérapie. Cette découverte a beaucoup influencé mon parcours artistique en modifiant et libérant ma manière de créer et de ressentir les couleurs et les formes. Elle a aussi remué, confirmé, remis en question , dévoilé et découvert certains choses en moi. C’est une aventure passionnante et interminable….

 

A l’époque, j’étais activement à la recherche d’un changement personnel et professionnel dans ma vie, mais je n’arrivais pas à formuler clairement cette recherche. C’était une insatisfaction générale qui me pesait de plus en plus. Professionnellement,  je ne pouvais plus continuer dans la même voie. J’étais secrétaire bilingue en congé parental dans une entreprise allemande implantée en France. Maman de deux enfants, ma fonction de mère de famille ne me suffisait plus. Il y avait un grand vide personnel. Je me remettais beaucoup en question. Le besoin d’aller vers moi pour m’ouvrir à nouveau aux autres devenait de plus en plus pressant.

Pour revenir à cette rencontre inattendue, je n’imaginais pas trouver un changement personnelle qui implique autant ma personne, mes ressentis et expériences, mes souvenirs conscients ou inconscients. J’insiste sur le mot *rencontre*, parce que, plus tard, durant ma formation avec Puzzle, j’ai découvert à quel point le « processus thérapeutique dépend  en grande partie de la qualité de la rencontre qui est un des outils de l’art thérapie ».

 La qualité de ma rencontre avec l’art thérapie était le facteur déclenchant. Il y a eu, bien sûr, des grands moments de réflexion. Se lancer à 30 ans dans une formation nouvelle, dans un autre pays, n’était pas évident. C’est en participant à différents ateliers d’art thérapie avec Puzzle, l’association régionale du Nord Pas de Calais, que j’ai pu conforter ma motivation pour cette formation.

La découverte de l’art thérapie a beaucoup changé ma vie. Elle a non seulement influencé mon parcours artistique en modifiant et en libérant ma manière de  créer et de ressentir les couleurs et les formes, mais elle a aussi remué, confirmé, remis en question, dévoilé et découvert certaines choses en moi.  Ce qui m’a toujours encouragée dans cette formation, et qui continuera à le faire, est le fait de savoir que cette découverte de soi est infinie. C’est important de rester dans cette démarche pour être ouvert à soi et aux autres. Les effets positifs de mes expériences personnelles en art thérapie et les expériences de patients en stages cliniques me confirment l’importance de ce travail en art thérapie; ils resteront à jamais le moteur de mes démarches, autant personnelles que professionnelles.  La découverte de ma « carte du monde* » m’a fait beaucoup avancer en ce qui concerne mon écoute ou ma tolérance envers les autres. « La carte du monde » est un système de perception et d’interprétation dont chacun de nous dispose. Comme notre conscience ne possède pas d’accès direct à la réalité, les stimuli que nous envoie l’environnement passent par une série de filtres perceptifs. Ces filtres se composent d’ordres physiologique, culturel et individuel : Les organes des sens, le langage que nous parlons, nos croyances, valeurs, attitudes, souvenirs, qui sont des acquis collectif et individuel.  Ces filtres transforment toute sensation en une perception qui dépend de ce que nous sommes. Ce qui m’a fait comprendre l’importance de s’ouvrir à la diversité de ce système de perceptions des autres. En étant consciente de ma propre « carte du monde », il est pour moi important de la laisser de côté, en situation d’écoute, afin de pouvoir m’ouvrir le plus possible à celle de mon interlocuteur pour ne pas le juger et rester neutre le plus possible. Les mots n’ont pas la même signification pour tous, et même en accord, la communication est une approximation personnelle de la réalité. En prenant en compte la « carte » de l’autre, il est important de l’assimiler à d’autre formes d’expressions (corporelle, artistique …). Cela me permet de prendre conscience de la personne dans son ensemble, au lieu de la comparer à mes premières impressions liées à des croyances, valeurs et expériences personnelles. C’est en cela que la première rencontre peut nous tromper et nous amener à faire fausse route. Il est donc important pour moi de garder en tête la qualité de la rencontre. Laisser sa « carte » de coté demande beaucoup de rigueur, car elle définit une partie importante de notre personnalité. Il me semble que cette démarche est indispensable pour toute relation d’aide et de transfert positif. Cette démarche de  «juste présence» du thérapeute est indispensable à tout ce qui se vit dans l’espace atelier. « Juste présence qui implique non seulement sa disponibilité au vécu global du patient mais une ouverture plus consciente à ce qui l’habite lui-même ».

 

Le processus de filtrage qui alimente notre carte du monde, est en quelque sorte un processus réducteur de notre connaissance de la réalité. Ce sont aussi des processus indispensables à cette connaissance, qui permettent de transformer la réalité en signes intermédiaires entre elle et nous. C’est grâce aux processus réducteurs que nous *rencontrons* le monde de la façon qui nous est accessible. Il s’agit d’un processus de contrôle et de réajustement de nos connaissances qui font référence à nos valeurs, croyances et critères qui sont hérités de notre ascendance et remodelés par notre apprentissage de la vie. 

 

* (concept utilisé en PNL)

Tout est possible....

« Laisser la porte ouverte au possible  pour entreprendre un voyage au pays de la découverte de soi «

 

Je pense qu’en tant qu’art thérapeute, on ne peut s’occuper de l’imaginaire des autres si on ne connaît pas le sien. C’est pourquoi il est important pour moi de travailler constamment sur moi-même, de me remettre en question pour pouvoir avancer et ne pas transmettre des vérités toutes faites.   Les ateliers vécus durant ma formation ont été autant surprenants que révélateurs, émouvants ou blessants, mais toujours enrichissants.  Je suis consciente de n’avoir découvert qu’un petit aperçu de ce qui est encore possible, parce que l’expression artistique sous toutes ses formes révèle, dans sa dimension symbolique et sa signification personnelle, de multiples aspects de la relation avec soi-même et le monde extérieur.

Mes expériences personnelles, surtout durant les stages en clinique en art thérapie, m’ont aidée à avoir plus confiance en moi et d’être consciente de mes limites et capacités à travailler dans une relation d’aide. De connaitre ses propres limites est indispensable pour savoir jusqu'où on peut aller dans la relation d’aide. Ce n’est pas un défaut d’avoir des limites. Il est important de les respecter parce que au mieux on les respecte au mieux on peut aider la personne qui à besoin d’aide.  J’ai notamment pu constater à quel point il est nécessaire de faire confiance aux possibilités de chacun; c’est cette conviction que chaque personne est capable de trouver en soi cette créativité transformatrice, qui m’a permis de mener à bien mon travail d’art thérapie et de m’impliquer dans cette relation d’aide où le lien entre le thérapeute et le patient est basé sur une confiance mutuelle.  C’est le respect du cadre de l’atelier qui réfère à un cadre solide qui est ensuite renforcé par l'acceptation du contenu artistique. La confiance mutuelle est basée sur la neutralité, sans jugement ni interprétation du contenu.

 

Dans les ateliers que je proposes en art thérapie,  l'œuvre est considérée dans son contenu, sans interprétations, se gardant ainsi des dérives possibles. C'est-à-dire en considérant uniquement le rapport entre le fond et la forme du contenu artistique de la production. Mais elle n'est pas l'objectif final, c'est le processus créatif du patient qui est intéressant dans le protocole de prise en charge mis en place avec la personne. C’est le cheminement de transformation qui a lieu tout au long de cette création qui agira sur le mal-être de la personne. C’est  par rapport à ses révélations, découvertes et émotions que le patient s’approchera un peu plus de soi même. C’est justement ce travail d’acceptation et de transformation par un processus symbolique qui est fondamental en art thérapie. 

Symboliser les événements, dessins, objets créer, est un moyen par lequel se transmet efficacement un message à notre inconscient. Car l'inconscient est «primitif» voir «enfantin» et à l’aide d’images, symboles et de couleurs et accompagné d'émotions il y a un message qui ce grave en lui. Par la symbolisation en art thérapie les choses s’inscrivent dans notre inconscient et en parallèle dans la réalité.